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La culture de l'insistance

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En tant que femmes, nous avons toutes vécues la même situation : devoir refuser plusieurs fois les propositions ou les avances d’un homme. Cette semaine, nous allons essayer de trouver des éléments de réponses à cette culture de l’insistance qui semble ancrée dans les rapports homme/femme.

Pourquoi une femme ne parvient pas à dire non

« Pourquoi un homme se sent-il légitime quand il réitère plus de cinq fois la même proposition? Pourquoi n'entend-il pas les désirs et les besoins de la personne qu’il a en face de lui ? Pourquoi le «non» exprimé par la femme n’a, de toute évidence, pas plus de légitimité que de valeur à ses yeux ? Parce qu'on nous a appris à avoir peur des hommes ? À ne jamais aller au conflit ? Parce que nous avons des difficultés à nous exprimer de façon directe ? »

Telles sont les questions posées par deux jeunes femmes dans un article sur le média Slate. Il semblerait de toute évidence que nous femmes, avons tendance à arrondir les angles lorsqu’on exprime notre refus. Au lieu d’exprimer un « non » ferme et tranché, le sexe féminin utilise généralement des modalisateurs («peut-être», «j’hésite à», «sans doute»).

Et lorsqu’on parvient à exprimer ce « non », certains hommes (pas tous heureusement) n’en tiennent pas compte et considèrent notre refus clair comme faisant partie d’un jeu de séduction dont le scénario a été largement démocratisé dans notre culture : la demoiselle se la joue farouche et inaccessible, et c’est à l’homme de prouver qu’il la désire réellement en insistant. Grosso modo, c’est ce qu’on appelle la culture de l’insistance.

« La culture de l’insistance est l’antichambre de la culture du viol dont notre société prend progressivement conscience depuis l’affaire Weinstein. »

On voudrait du coup nous faire croire qu’une femme qui dit non veut en fait dire «peut-être». Noémie Renard analyse dans son livre « En Finir avec la Culture du Viol », cette difficulté qu’ont les femmes, d’opposer leurs désirs à ceux des hommes qu’elles rencontrent. Des études montrent que les filles sont éduquées à plaire, à séduire et donc à arrondir les angles pour ne pas contrarier l’autorité et le désir des hommes.

Nous pouvons aussi remonter aux temps des contes pour enfants pour se rendre compte que la culture de l’insistance est ancrée en nous.

Un prince (pas tout à fait) charmant

La plupart des contes qui ont bercés notre enfance racontent plus ou moins la même histoire : Une princesse en danger attend patiemment d’être délivrée de sa prison/tour/belle-mère par un prince charmant fougueux, fort et charismatique. Il la sauve à la fin de l’histoire des griffes de son geôlier par un baiser qui scelle leur amour éternel. Et ils eurent beaucoup d’enfants.

Le fait de grandir avec des histoires encourageant l’homme à persévérer dans la séduction et la femme à se sentir sauvée de sa triste vie quand un homme s’intéresse enfin à elle n’a rien d’anodin quand il s’agit d’observer les relations sexo-affectives contemporaines.

«Les représentations du genre n’ont pas changé, souligne Valérie Rey-Robert autrice de Une culture du viol à la française. Les femmes sont éduquées à la passivité, à ne surtout pas se présenter en tant que sujet sexuel animées par des désirs, sinon elles sont qualifiées de pute ou de salope.»

De plus, la question du consentement n’est jamais abordée dans les contes de fées à la Disney. L’amour du prince pour la belle est immédiat et cette dernière tombe amoureuse littéralement «les yeux fermés» d’une figure mâle qui la touche, l’embrasse.

«Le “non” féminin est ressenti comme une extrême violence par les hommes.» Valérie Rey-Robert, autrice

Les femmes qui subissent l’insistance d’un homme peuvent finir par céder, et pour cause. Parce qu’il n’est déjà pas agréable de dire non, mais quand en plus il faut se répéter deux, quatre ou dix fois c’est encore plus pénible.

«Il ne faut pas oublier que les femmes sont élevées dans la peur des hommes –et pour cause, une femme qui dit non à un homme peut être victime de violence comme on le constate régulièrement dans l’actualité, précise Valérie Rey-Robert. De plus, comme le montre une étude que je cite dans mon ouvrage, les hommes ne sont pas prêts à entendre le «non» féminin. C’est d’une extrême violence pour eux. Quand on les interroge sur les effets qu'a sur eux le refus féminin en matière de sexualité, ils répondent : “De la colère.” Il n’y a pas longtemps, un homme m’a indiqué par mail qu’il avait des envies de suicide quand une femme lui dit non. Il faut avoir conscience de tout ça et comprendre ce qu’est réellement le viol. Un homme qui viole une femme qui s'est ravisée après avoir dit oui, cela constitue un viol et beaucoup de gens n’en n’ont pas conscience ou ne veulent pas en avoir conscience.»

Faire évoluer nos représentations

Céder ce n’est pas consentir. Et insister , faire pression, faire du chantage, instaurer une contrainte psychologique/morale sur l’autre, envoyer pleins de messages, demander plusieurs fois d’aller chez l’autre, aller trop vite, prendre par surprise, allez contre la volonté de l’autre, c’est harceler, agresser, violer.

Quelques pistes pour venir à bout de ces habitudes bien ancrées ? Pour les hommes, s'assurer que leur partenaire est d’accord, respecter le refus, ne pas culpabiliser. Ce n’est pas parce que vous vous êtes embrassés et caressés le dos que votre partenaire a commandé le menu entier. Un silence, un hochement de tête n’est pas une réponse claire. Il faut prendre son temps pour saisir l’envie et les limites de l’autre. Les bénéfices à long terme seront décuplés et les dommages collatéraux évités.

Du côté des femmes, apprendre à verbaliser, à exprimer leurs désirs. Apprendre à dire non. À partir. À vexer. Ce n’est pas la fin du monde. Ce qui l'est, en revanche, c'est le traumatisme qui peut hanter durablement. Apprendre à être claire et tranchante, à faire face au conflit. Encourager leur partenaire à explorer une sexualité qui passe par un véritable plaisir.

Demander, écouter, partager, verbaliser. Et ne jamais réitérer une demande si elle refusée. Ce n’est franchement, pas compliqué.

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