Marrainage numérique à Rabat : quand les jeunes femmes entrent dans le cœur de la tech
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À Rabat, le marrainage numérique quitte désormais le registre des annonces pour entrer dans celui des trajectoires concrètes, avec les premières immersions professionnelles de jeunes femmes dans les métiers du digital. Porté par le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration en partenariat avec Capgemini, ce programme national s’inscrit dans la stratégie Maroc Digital 2030 et se positionne comme un levier d’inclusion sociale autant que de compétitivité économique.
De la promesse politique à l’expérience en entreprise
Après une phase de conception et de sélection, le dispositif de marrainage vient d’entrer dans sa phase opérationnelle à Rabat, à la veille de la Journée internationale des droits des femmes, avec un événement réunissant responsables publics, dirigeantes de Capgemini, universitaires et binômes marraines‑filleules. L’ambition est claire : créer un passage structuré entre les amphithéâtres des universités publiques marocaines et les open spaces de la transformation digitale, en misant sur l’accompagnement par des professionnelles chevronnées.
Le programme cible des étudiantes issues de différentes régions du Royaume, souvent boursières ou éloignées des grands hubs technologiques, pour leur offrir un accès privilégié aux codes, aux réseaux et aux opportunités d’un secteur en pleine expansion. Ce choix illustre la volonté du ministère de faire du numérique un instrument d’égalité des chances, en cohérence avec la vision royale qui fait du capital humain l’axe majeur de Maroc Digital 2030.
Un marrainage pensé comme accélérateur de confiance
Au cœur du dispositif, le principe est simple : associer à chaque étudiante une marraine issue du leadership féminin de Capgemini, prête à partager son expérience, ses repères de carrière et ses réseaux. Vingt binômes ont ainsi été constitués pour la première édition, avec un accompagnement sur un an combinant rendez‑vous réguliers, ateliers collectifs, sessions de mentorat et temps d’échange informels.
Loin de se limiter à un coaching ponctuel, le programme articule soft skills et compétences techniques, en travaillant à la fois la posture professionnelle, le leadership, la prise de parole, mais aussi la compréhension des métiers de la data, du cloud, de la cybersécurité ou de l’intelligence artificielle. Plus de 80% des participantes débutent un stage au sein de Capgemini à partir du mois de mars, transformant immédiatement ce marrainage en expérience tangible sur le terrain.
Inclusion numérique : un enjeu économique autant que social
Dans un écosystème où les femmes restent sous‑représentées dans les filières scientifiques et numériques, ce type de programme agit comme un correctif ciblé. Badra Hamdaoua, directrice générale de Capgemini Maroc, rappelle que l’inclusion numérique commence par la transmission et la solidarité entre femmes, et que le manque de talents féminins ne relève ni d’un déficit de compétences ni de motivation, mais d’un déficit d’accès et de visibilité.
En renforçant la présence des jeunes Marocaines dans la tech, l’État et ses partenaires misent sur un double dividende : répondre à la demande croissante de profils qualifiés et réduire les inégalités d’accès aux emplois les plus dynamiques et les mieux rémunérés. La dimension territoriale, avec une attention portée aux régions moins représentées, ajoute une couche d’équité supplémentaire à cette démarche de rattrapage numérique.
Un dispositif aligné sur Maroc Digital 2030
Le programme de marrainage s’inscrit dans une constellation plus large d’actions engagées par le ministère pour structurer un écosystème numérique inclusif, de la formation à l’intelligence artificielle aux dispositifs d’accompagnement des talents en passant par le rapprochement entre recherche et marché. Pensé comme une phase pilote sur l’année universitaire 2025‑2026, il doit être évalué puis étendu à d’autres universités et partenaires si les résultats sont au rendez‑vous.
Étapes de sélection des binômes, lancement officiel, valorisation à l’occasion du 8 mars, clôture et bilan au printemps 2026 : le calendrier est conçu pour s’articuler avec les temps forts académiques et nationaux, tout en installant le marrainage dans la durée. L’objectif affiché est d’en faire un modèle reproductible pour l’ensemble de l’écosystème technologique marocain, susceptible d’inspirer d’autres secteurs en quête de mixité.
Quand le numérique devient un symbole de mobilité sociale
En filigrane, ce programme raconte une autre histoire du numérique, moins abstraite et plus sociale, où un stage ou une rencontre peuvent suffire à changer une trajectoire. Chaque binôme marraine‑filleule cristallise la promesse que les métiers de la tech ne sont pas réservés à une élite, mais accessibles à des jeunes femmes qui n’avaient, parfois, jamais franchi la porte d’un grand groupe international.
Si la réussite de Maroc Digital 2030 se mesurera en infrastructures, en services en ligne et en performances économiques, elle se jouera aussi dans ces histoires individuelles d’ascension et d’émancipation. À Rabat, avec le démarrage des immersions professionnelles, le marrainage numérique commence déjà à écrire quelques‑unes de ces histoires, au féminin et en code source ouvert sur l’avenir.
