Art Paris 2026 : Sara Ouhaddou primée pour sa transmission culturelle
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À l'occasion d'Art Paris 2026, qui s'est tenue du 8 au 11 avril au Grand Palais, Sara Ouhaddou a reçu le prestigieux Prix BNP Paribas Banque Privée. Cette distinction récompense son engagement profond envers la transmission culturelle, un thème qui résonne avec urgence dans un monde où les patrimoines immatériels risquent l'oubli. L'artiste marocaine, installée à Paris, a su captiver le jury par son œuvre hybride mêlant artisanat ancestral et contemporanéité, incarnant une passerelle entre passé et avenir.
Sara Ouhaddou, née en 1982 à Taza au Maroc, a bâti une carrière internationale autour de la réhabilitation des savoir-faire traditionnels. Formée aux Beaux-Arts de Paris et à l'École nationale supérieure des Arts Décoratifs, elle puise dans les techniques marocaines comme la vannerie, la poterie ou le tissage pour créer des installations immersives. Son travail ne se contente pas de préserver ; il interroge les dynamiques de la mondialisation et de la migration, transformant des objets du quotidien en symboles de résilience. Lors d'Art Paris 2026, sa série "Transmission" a été au cœur de l'exposition, avec des pièces où des motifs berbères dialoguent avec des matériaux modernes comme le béton ou le métal recyclé. Ces œuvres, exposées au stand de la galerie Kamel Mennour, ont attiré une foule de collectionneurs et de critiques, soulignant l'appétit croissant pour les pratiques artistiques décoloniales.
Le Prix BNP Paribas Banque Privée, doté de 20 000 euros, vise à soutenir des artistes émergents engagés dans des thématiques sociétales. En 2026, il met l'accent sur la transmission, un choix judicieux face aux tendances actuelles. Selon le communiqué de la banque, "dans une ère de disruptions numériques et climatiques, préserver les cultures est un acte d'urgence optimiste". Sara Ouhaddou succède ainsi à des lauréats comme Ulla von Brandenburg en 2025, confirmant la vitalité de cette récompense. Lors de la remise du prix, le 9 avril, sous les lustres du Grand Palais, elle a déclaré : "La transmission n'est pas un héritage figé, mais un dialogue vivant qui nous unit au-delà des frontières."
Cette victoire intervient dans un contexte foisonnant pour l'art africain et moyen-oriental sur la scène parisienne. Art Paris 2026, avec ses 170 galeries venues de 25 pays, a enregistré une affluence record de 25 000 visiteurs, boostée par des partenariats avec la FIAC et des focus sur l'Afrique subsaharienne. Des tendances émergentes, comme l'essor des NFT patrimoniaux ou les collaborations avec des artisans locaux, y ont été mises en lumière. Ouhaddou s'inscrit parfaitement dans cette vague : ses projets passés, tels que "Threads of resilience" présenté à la Biennale de Venise en 2022, ont déjà sensibilisé à la disparition des métiers manuels au Maghreb. Au Maroc, où elle intervient régulièrement dans des ateliers à Fès et Marrakech, elle forme une nouvelle génération, fusionnant tradition et innovation numérique pour contrer l'exode rural.
L'impact de son travail dépasse les cimaises. En pleine COP21 bis à Paris, où les enjeux culturels croisent ceux de l'environnement, Ouhaddou collabore avec des ONG pour documenter les techniques artisanales menacées par le changement climatique. Ses installations, souvent participatives, invitent le public à tisser ou modeler, rendant tangible l'urgence de la sauvegarde. Critiques et collectionneurs y voient une réponse optimiste à la standardisation globale : "Son art est un antidote à l'uniformité", note la commissaire d'exposition Marie Luise von Plessen dans Le Monde. Cette reconnaissance à Art Paris renforce sa visibilité : une exposition solo est prévue à la Fondation Louis Vuitton en 2027, et des commandes publiques affluent du Qatar et des Émirats.
Pour les professionnels de la culture marocaine et maghrébine, cette prime est un signal fort. Elle coïncide avec le boom des foires comme 1-54 à Marrakech, qui en mars 2026 a accueilli 40 galeries africaines. Ouhaddou incarne l'excellence d'une diaspora artistique qui réinvente les narratifs occidentaux. Son approche, mêlant rigueur documentaire et poésie visuelle, inspire les jeunes créateurs confrontés à la numérisation forcée des patrimoines. À l'heure où les plateformes comme Instagram redéfinissent l'accès à l'art, elle prône un équilibre entre virtuel et tactile, évitant la dilution des savoirs ancestraux.
Art Paris 2026 a ainsi prouvé sa capacité à propulser des voix singulières. Avec des ventes en hausse de 15% par rapport à 2025, malgré les tensions géopolitiques, la foire affirme Paris comme hub incontournable. Sara Ouhaddou, par sa victoire, illumine un chemin : celui d'une transmission culturelle vivante, optimiste et urgente, qui tisse les fils d'un avenir partagé.





