Estime de soi : quand le regard des autres prend trop de place
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Un compliment peut nous faire plaisir. Mais pourquoi celui de certaines personnes nous fait-il tellement plus de bien que celui des autres ? Pourquoi leur approbation nous rassure-t-elle, alors que leur désaccord peut parfois nous faire douter de nous-mêmes ? Derrière ce besoin de validation se cache souvent une question plus profonde : quelle valeur nous accordons-nous lorsque personne ne nous la confirme ?
« Tu trouves que j’ai bien fait ? », « Tu crois que c’était une bonne idée ? », « Tu penses que je suis à la hauteur ? », « Tu me trouves comment ? », … Nous demandons parfois aux autres de nous rassurer sur des choses que, pourtant, nous sommes parfaitement capables de juger nous-mêmes. Un choix professionnel. Une décision personnelle. Une tenue. Une opinion. Une façon de parler. Un projet. Une réussite. Et lorsque la réponse correspond à ce que nous espérions, nous voilà rassurés. Mais si elle est négative -ou simplement différente de ce que nous attendions - le doute peut s’installer. Ce besoin n’a rien d’anormal. Nous sommes des êtres sociaux et le regard des autres compte naturellement pour nous. Le problème apparaît lorsque leur regard devient plus important que le nôtre.
Quand notre valeur passe par les yeux des autres
L’estime de soi correspond, en simplifiant, à la manière dont nous nous considérons et à la valeur que nous nous accordons. Elle n’est pas figée. Elle peut varier selon les périodes de la vie, les expériences, les réussites, les échecs ou encore les relations que nous entretenons avec les autres. Mais lorsque l’estime de soi est fragile, nous pouvons avoir davantage besoin de signes extérieurs pour nous sentir suffisamment bien.
Un compliment nous élève. Une critique nous atteint profondément. Une erreur devient la preuve que nous ne sommes peut-être pas à la hauteur. Une personne qui nous admire nous rassure sur notre valeur, tandis qu’une personne qui nous désapprouve peut nous faire vaciller. Nous ne cherchons alors plus seulement à être appréciés. Nous cherchons à être rassurés sur notre propre valeur.
Pourquoi certaines personnes ont-elles autant de pouvoir sur nous ?
Parce que nous ne donnons pas le même poids à tous les regards. L'opinion d'un inconnu peut nous laisser indifférents. Celle d'un parent, d'un professeur, d'un supérieur, d'un ami, d'une personne que nous admirons ou d'un groupe auquel nous souhaitons appartenir peut avoir beaucoup plus d'impact. Plus cette personne représente quelque chose d'important pour nous, plus sa validation peut prendre de la valeur.
C’est particulièrement visible dans le monde professionnel. Une félicitation de son supérieur peut donner confiance pour toute la semaine. Une remarque négative peut, au contraire, faire remettre en question des mois de travail. Même chose dans la vie sociale : être invité, écouté, consulté ou complimenté peut nous donner le sentiment d’avoir notre place. Être ignoré ou exclu peut réveiller une sensation beaucoup plus ancienne : celle de ne pas être suffisamment intéressant, compétent ou important.
Quand « être apprécié » devient « devoir plaire »
Le besoin de validation peut aussi nous pousser à modifier notre comportement. On accepte alors une invitation alors qu’on aurait préféré rester chez soi. On évite de donner son véritable avis. On dit oui pour ne pas décevoir. On minimise ses besoins. On cherche à être agréable, disponible, performant. Petit à petit, une question peut remplacer toutes les autres : « Qu’est-ce que les autres attendent de moi ? »
Au lieu de se demander : « Qu’est-ce que j’ai envie de faire ? », « Qu’est-ce qui me convient ? », « Est-ce que cette décision correspond vraiment à mes valeurs ? » C’est là que le besoin de validation peut devenir problématique : lorsque nous commençons à construire notre vie davantage autour de l’approbation des autres que de nos propres repères.
Le piège de la comparaison
Les réseaux sociaux n’ont évidemment pas inventé le besoin de validation. Mais ils lui ont offert un terrain particulièrement fertile. Likes, commentaires, abonnés, réactions, vues… Nous disposons désormais d’une multitude de petits indicateurs qui semblent nous renseigner sur notre popularité, notre attractivité ou notre réussite. Le problème, c’est que ces indicateurs mesurent une réaction. Ils ne mesurent pas notre valeur.
Une publication peut être peu vue sans être mauvaise. Une idée peut être critiquée sans être stupide. Une personne peut ne pas nous apprécier sans que cela signifie que nous ne sommes pas appréciables. Et surtout, nous comparons souvent notre réalité intérieure à la vitrine extérieure des autres. Nous connaissons nos doutes, nos erreurs et nos journées compliquées. Des autres, nous voyons principalement ce qu’ils choisissent de montrer.
Pourquoi la critique fait-elle parfois si mal ?
Parce qu'elle peut toucher une fragilité déjà existante. Une remarque sur notre travail ne signifie pas forcément « je suis nul ». Mais si nous avons déjà peur de ne pas être à la hauteur, notre cerveau peut facilement faire ce raccourci. La critique d’un comportement devient alors une critique de notre identité. « J’ai fait une erreur » devient « je suis incapable ». « Cette personne n’aime pas mon idée » devient « mon idée est mauvaise ». « Je n’ai pas été choisi » devient « je ne suis pas assez bien ». Cette tendance à généraliser une expérience particulière à toute notre personne est précisément ce qui peut fragiliser davantage l’estime de soi.
Peut-on avoir confiance en soi sans avoir besoin de validation ?
Oui. Mais cela ne signifie pas devenir totalement indifférent au regard des autres. Une estime de soi solide ne veut pas dire : « Je me fiche de ce que tout le monde pense. » Elle ressemble davantage à : « Je peux entendre ce que tu penses de moi sans que cela définisse qui je suis. »
On peut accepter une critique sans s'effondrer. Reconnaître une erreur sans se dévaloriser. Être heureux d’un compliment sans en devenir dépendant. Ne pas être choisi sans conclure que l’on ne mérite pas sa place. C’est une différence essentielle.
Et si l’on commençait par se valider soi-même ?
Cela peut sembler presque banal, mais c’est probablement l’un des exercices les plus difficiles : apprendre à reconnaître soi-même ses qualités, ses efforts et ses progrès, sans attendre systématiquement qu’une autre personne le fasse. Se demander : Est-ce que je suis fier de ce que j’ai fait, même si personne ne l’a remarqué ? Est-ce que je trouve cette décision juste pour moi, même si quelqu’un d’autre ne la comprend pas ? Est-ce que je peux reconnaître mon erreur sans remettre toute ma valeur en question ? Est-ce que je peux accepter de ne pas plaire à tout le monde ?
La réponse ne sera pas toujours oui. Et c’est normal. L’estime de soi n’est pas un état permanent dans lequel on se trouve une fois pour toutes. Elle se construit, se fragilise parfois, puis se reconstruit. Au fond, le but n’est pas de ne plus avoir besoin des autres.
Nous avons tous besoin de reconnaissance, d’affection, d’encouragement et d’appartenance. Chercher l’approbation n’est donc pas une faiblesse. Ce qui compte, c’est de ne pas en faire la seule source de notre valeur. Parce qu’il y aura toujours quelqu’un qui ne nous trouvera pas assez drôle, assez brillant, assez beau, assez compétent, assez intéressant ou assez… quelque chose.
Et heureusement, l’estime de soi commence peut-être précisément là : lorsqu’on comprend que la valeur que nous avons n’a pas besoin d’être unanimement reconnue pour exister.
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