Santé des femmes : l’angle mort de l’investissement mondial
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Alors qu’elles constituent près de la moitié de la population mondiale, les femmes restent les grandes oubliées des investissements en santé. Selon un rapport du Forum économique mondial (WEF), publié à l’occasion de sa réunion annuelle à Davos, seulement 6 % des investissements privés mondiaux dans les soins de santé sont aujourd’hui dédiés à la santé des femmes. Un déséquilibre structurel aux conséquences sanitaires, sociales et économiques majeures.
Intitulé Women’s Health Investment Outlook, le rapport révèle que 90 % de ces financements déjà limités se concentrent sur trois domaines : les cancers féminins, la santé reproductive et la santé maternelle. En parallèle, de nombreuses pathologies qui touchent spécifiquement ou majoritairement les femmes demeurent largement sous-financées. C’est le cas notamment des maladies cardiovasculaires, de l’ostéoporose, de la ménopause ou encore de la maladie d’Alzheimer.
Une longévité plus longue, mais une santé plus fragile
Le paradoxe est frappant : bien que les femmes vivent plus longtemps que les hommes, elles passent en moyenne 25 % de leur vie en mauvaise santé ou avec un handicap. Cette réalité affecte non seulement leur qualité de vie, mais aussi leur participation économique et sociale, en particulier dans les pays à revenu faible et intermédiaire, où les inégalités d’accès aux soins sont encore plus marquées.
Selon le WEF, certaines pathologies féminines aujourd’hui négligées pourraient pourtant représenter un potentiel économique considérable. Aux États-Unis seulement, les maladies cardiovasculaires, l’ostéoporose, la ménopause et Alzheimer pourraient générer un marché de plus de 100 milliards de dollars d’ici 2030, si l’accès aux soins standards était généralisé.
Des millions de femmes invisibilisées par la recherche
D’autres problématiques, comme l’endométriose, le syndrome des ovaires polykystiques ou encore la santé menstruelle, concernent des dizaines de millions de femmes à travers le monde, tout en recevant moins de 2 % des investissements consacrés à la santé féminine.
« La santé masculine a longtemps servi de référence par défaut pour la recherche et l’innovation médicales, laissant de nombreuses pathologies féminines sous-financées et insuffisamment étudiées », souligne Shyam Bishen, responsable du Centre pour la santé et les soins de santé du Forum économique mondial.
Un potentiel encore largement inexploité
Malgré ce constat alarmant, le rapport note une dynamique d’investissement en progression. Plusieurs segments apparaissent aujourd’hui mûrs pour attirer davantage de capitaux, notamment :
- les thérapies innovantes contre les cancers féminins,
- la santé numérique dédiée aux femmes,
- les cliniques de longévité pour les femmes d’âge moyen et ménopausées,
- les dispositifs connectés de suivi des maladies métaboliques.
- Pour accélérer cette transition, le WEF appelle à renforcer les données scientifiques, améliorer la transparence sur les résultats cliniques et économiques, et mobiliser des financements mixtes — publics, privés et philanthropiques — afin de réduire les risques pour les investisseurs.
Le rapport recommande également de moderniser les cadres réglementaires et d’élargir les mécanismes de remboursement, afin de favoriser l’émergence d’innovations durables dans la santé des femmes.





