Maha Jouini remporte le She Shapes AI Global Award 2025/2026
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La chercheuse tunisienne Maha Jouini, basée à Johannesburg, vient de décrocher le prestigieux She Shapes AI Global Award 2025/2026, une récompense internationale qui met en lumière les femmes pionnières dans l'intelligence artificielle responsable. Cette distinction, décernée lors d'une cérémonie à Londres le 16 avril 2026 en partenariat avec LSE Generate, souligne son engagement contre les biais algorithmiques affectant femmes, minorités et populations rurales.
Une voix africaine dans la gouvernance de l'IA
Maha Jouini, en tant qu'AI & Gender Fellow Researcher au Global Center on AI Governance, dénonce les failles des systèmes d'IA entraînés sur des données incomplètes ou déséquilibrées. Ses travaux révèlent comment ces algorithmes perpétuent des inégalités, rendant invisibles des groupes sous-représentés et générant des discriminations invisibles dans l'emploi, les soins ou les services publics. Par exemple, une femme ayant interrompu sa carrière pour raisons médicales peut être pénalisée par un outil de recrutement qui interprète cette pause comme un manque de fiabilité, un phénomène qu'elle baptise "condition numérique silencieuse".
Cette problématique gagne en urgence en Afrique, où les femmes ne représentent que 10 à 20% des professionnels de l'IA, selon des estimations récentes. Les biais de genre dans les modèles génératifs, souvent développés par des équipes majoritairement masculines, compromettent non seulement l'équité mais aussi la performance économique des technologies. Maha Jouini insiste sur le fait que corriger ces biais n'est pas qu'une question morale : c'est un impératif de fiabilité pour des outils utilisés dans le recrutement, les diagnostics médicaux ou l'octroi de crédits.
Des racines philosophiques non occidentales
Ce qui distingue particulièrement les recherches de Maha Jouini, c'est son recours à des cadres éthiques issus de traditions africaines et islamiques. Elle invoque l'Ubuntu, concept zoulou signifiant "l'humanité à travers les autres", pour promouvoir une IA centrée sur la communauté plutôt que sur l'individualisme occidental. De même, la Hikma, sagesse pratique de la philosophie islamique, lui permet d'interroger les fondements éthiques des algorithmes dominants et de plaider pour une "décolonisation intellectuelle" du secteur technologique.
Cette approche innovante s'inscrit dans une vague plus large : en 2025/2026, plus de 100 candidatures issues de 60 pays ont été soumises aux She Shapes AI Global Awards, avec 55% des finalistes étant des femmes de couleur et 100% des lauréates venant d'hors Silicon Valley. Six Africaines figuraient parmi les finalistes, soulignant l'essor du continent dans l'IA responsable. Au Maghreb et en Afrique subsaharienne, des initiatives comme celles de l'UNESCO ou de l'AUDA-NEPAD, où Jouini a dirigé des partenariats, accélèrent cette dynamique.
Impacts concrets et perspectives optimistes
Les contributions de Maha Jouini transcendent la théorie : son rapport de 2026 avec l'Université Elon, "Building a Human Resilience Infrastructure for the AI Age", propose des infrastructures résilientes face aux biais. En Afrique, où l'IA pourrait booster l'agriculture ou les services publics pour les ruraux, corriger ces distorsions ouvre des opportunités inédites pour l'inclusion. Des chatbots adaptés culturellement, comme ceux testés pour la santé mentale des jeunes filles en Afrique, illustrent ce potentiel.
Déjà primée par l’UNESCO en 2022 comme pionnière numérique dans la région MENA, Jouini incarne un tournant : l’IA n’est plus un monopole occidental mais un levier pour l’équité globale. Alors que les débats sur la régulation de l’IA s’intensifient, avec des propositions européennes pour auditer les biais de genre, son prix arrive à point nommé. Il inspire une génération de chercheuses africaines à façonner des technologies inclusives, promettant un avenir où l’intelligence artificielle amplifie les voix marginalisées plutôt que de les étouffer.
Ses travaux appellent à une vigilance accrue : diversifier les données d'entraînement, impliquer des équipes mixtes et intégrer des audits éthiques dès la conception. En Johannesburg, berceau de ses recherches actuelles, Maha Jouini collabore avec des hubs comme AI4D pour scaler ces solutions sur le continent. Cette victoire n'est pas isolée ; elle reflète une tendance : les femmes africaines, fort de 22% des pros IA mondiales étant féminines, conquièrent des espaces clés.
L'élan est lancé : avec des événements comme la conférence She Shapes AI, les innovatrices comme Jouini pavent la voie vers une IA éthique et performante, au service de tous.
